Les beaux jours reviennent et nous avons vu apparaître notre première médaille de la récupération de données pour Guillaume Rozières, analyste de données et créateur, avec une dizaine de contributeurs bénévoles, du très fameux site vitemadose.covidtracker.fr, inspiré par le dashboard covid créé par des membres du forum Team Open Data.
Le site web « Vite Ma Dose » permet à tout un chacun de trouver des créneaux de vaccination sur plusieurs sites de prises de rendez vous en ligne, grâce à l’art subtil du data scraping, ou grattage de données, qui va récupérer des informations à plusieurs endroits. Là où une solution à un problème national aurait dû être pris en charge et rémunérée par l’état pour mettre en avant la tant espérée « souveraineté numérique » garantissant l’indépendance de nos outils numériques critiques au fonctionnement du pays, c’est le travail de quelques bénévoles qui a apporté la meilleure progression à la décrue de l’épidémie.
Alors que la loi de 2016 pour une république numérique impose l’utilisation de formats ouverts à source réutilisables (donc, pas de pdf ni de formats comme ceux de Microsoft) et la publication de jeux de données dans toutes les administrations pour communiquer aussi bien avec les autres administrations pour le grand public, cela reste l’exception et les demandes doivent être systématiquement faites à la CADA, la Commission d’Accès aux Documents administratifs, crée en 1976. Pour avoir accès à des informations simples sur l’activité de sa mairie ou d’un ministère, qui fonctionnent avec l’argent de tous les citoyens et doivent leur rendre des comptes publics depuis la naissance de la constitution. Le site madada.fr fournit à ce sujet des informations précieuses.
Quelques efforts ont été faits mais il faut se rendre à l’évidence, la loi n’est pas respectée au cœur même de nos services publics. Les mentalités doivent encore évoluer énormément pour faire circuler l’information afin que les meilleures décisions soient prises ensemble, et non plus de façon autoritaire et unilatérale.
Les contributeurs de Vite ma dose ont du développer des scripts pour aller chercher des informations qui auraient dû être accessibles par des moyens beaucoup plus officiels.
Mais cette souveraineté demeure une légende, telle la femme de l’inspecteur Columbo dont on entend souvent parler, mais que l’on ne voit jamais. Il a d’ailleurs été avancé récemment que la souveraineté allait être mise en place par quelques grands acteurs des USA, ce qui est absolument antinomique avec la notion de souveraineté. Pour rappel, le Patriot Act leur impose de faire de la télémétrie conservée ad-vitam et de divulguer à la haute administration EtatsUnienne toute information qu’ils jugeraient utile pour faire pression de façon efficace, et en attendant, d’en extraire le maximum.
Les données de santé sont cruciales pour tout le monde et on s’attendrait à ce que tout soit fait pour qu’elles demeurent maîtrisées par les premiers concernés et non vendues au plus offrant. Or ce n’est pas ce qui est la norme, c’est même inscrit en texte très clair pour de nombreuses entreprises dans leurs conditions générales « nous pouvons faire ce que nous voulons pour un temps indéterminé de tout ce qui se trouve sur votre téléphone et de tout ce que vous publiez sur notre service », quand bien même il serait indiqué que le service est « conforme au RGPD », il peut dans les faits faire des choses immondes et contraires à l’éthique la plus élémentaire sans que l’on s’en rende compte. Gmail par exemple, viole le secret professionnel sans en être inquiété depuis toujours, car c’est inscrit dans ses GCU (que vous avez approuvées probablement sans les lire comme le commun des mortels !) lorsque Google vous a imposé la création d’un compte… 
Le documentaire de Cash investigation, publié ce mois dernier montre à quel point de très grands acteurs du numérique violent allégrement la protection des données personnelles du monde entier afin d’asseoir une domination militaire et technologique au détriment des personnes, et les données de santé n’y font pas exception. Le projet de Health Data Hub n’y fait pas exception, et la CNIL, le gendarme de la protection de la vie privée, recommande de ne PAS utiliser Google drive et Zoom.
Ce dont ce documentaire oublie de parler c’est qu’il existe depuis des dizaines d’années des moyens techniques de reprendre le contrôle sur ces dérives dont les GAFAM ne sont que la partie visible de l’iceberg.
Il nous est possible de riposter sur énormément de fronts, tel que l’éducation, la loi, l’application de sanctions à la hauteur pour les monopoles, la mise à disposition d’outils libres par défaut, l’inclusion citoyenne et la gouvernance éthique.
Les logiciels libres (pas seulement open source) sont cruciaux pour ce faire et sont déjà majoritairement constituants des fondations de nombreuses entreprises, dont les GAFAM qui font marcher leurs services en bénéficiant du travail de nombreux bénévoles. GNU/Linux représente 95% des data-center dans le monde entier, est aussi la base de Mac OS et d’Android, fait fonctionner les voitures Tesla et la quasi totalité des ordinateurs et objets connectés, sauf pour le grand public où Microsoft pompe allégrement l’intégralité de votre activité en ligne.
On peut protéger ses données avec du chiffrement robuste pour les communications et le stockage, en intervenant avec des acteurs compétents en matière de droit comme c’est le cas des associations InterHop ou La Quadrature du Net, en réglementant contre les monopoles, en exigeant des formats de fichiers ouverts, en utilisant des outils numériques dépourvus de pisteurs avec GNU+Linux, en exportant leurs données hors de Google, en s’informant et en testant des choses dans un Groupe d’Utilisateurs de Logiciels Libres (GULL) tel que le CIL de Gometz, en faisant de la visio-conférence sur un BigBlueButton ou un Jitsi, en utilisant les outils libres réservés à l’éducation nationale quand on est enseignant avec apps.education.fr, en discutant sur XMPP, en quittant Whatsapp, en cessant de faire la promotion de services hostiles à leurs utilisateurs et en les sanctionnant, en adoptant un téléphone libéré par défaut comme en vend la e.foundation, Librem, ou PinePhone, en prenant un founisseur d’accès internet associatif comme franciliens.net, en naviguant sur internet avec Firefox ou le TorBrowser, en visitant un « CHATONS«  comme proposé par chatons.org, en organisant des évènements sur Mobilizon au lieu de Facebook (mobilizon.chapril.org), en écoutant les actualités du libre sur CauseCommune.fm dans l’émission « Libre à vous!«  réalisée par l’April, en essayant à plusieurs des outils libres alternatifs, en suggérant des idées ou en se renseignant via un moteur de recherche qui ne vous piste pas tel que Duckduckgo ou Startpage…
Vous l’aurez compris, les pistes sont nombreuses et peuvent sembler compliquées à mettre en pratique à première vue. Mais heureusement, tout comme il n’est nul besoin d’être un cador en microélectronique pour faire fonctionner une cafetière, on peut profiter de technologies efficaces sans avoir à les maîtriser d’un bout à l’autre le fonctionnement de ce que l’on utilise, grâce à l’entraide et à l’utilisation de choses déjà construites. Par exemple concernant le chiffrement, c’est déjà en place sur tous les smartphones de plus de 2015, et sur la messagerie Signal, sans que vous n’ayez eu à configurer quoi que ce soit. Mais la découverte et l’éducation aux outils menant à une société libre sont cruciaux pour garder la main sur nos vies, en ligne et hors ligne. C’est pourquoi nous vous invitons à suivre nos activités du Club Informatique Libre de Gometz sur www.cil-gometz.org et à vous inscrire à notre newsgroup afin de savoir quand nous pourrons de nouveau nous voir à la MJC de Gometz. à bientôt!
Librement, tykayn pour le CIL.

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